De la nécessaire union entre droite et gauche populaire

L’éviction d’Alain Finkielkraut lors de son immixtion au cœur de Nuit Debout, et sa justification par Frédéric Lordon, économiste et animateur notable du mouvement, démontrent que gauche et droite populaires ne sont pas mûres pour un rapprochement. Pourtant, celui-ci est nécessaire dans la mesure où les partis de gouvernements ont élaboré suffisamment de normes tatillonnes pour barrer l’accès à un renouvellement démocratique.

Qu’ils le veuillent ou non, gauche et droite populaires disposent de suffisamment de points communs pour une alliance temporaire :

  • Souhait de restaurer la souveraineté nationale et populaire
  • Opposition aux institutions européennes qui en découle
  • Aversion commune envers la globalisation culturelle incarnée par le Tafta
  • Exigence d’indépendance par rapport aux États-Unis
  • Rejet de l’économie néolibérale basée sur l’étiolement de l’État-Providence et l’hyper-flexibilité
  • Volonté de renouer avec une agriculture paysanne et de privilégier les circuits courts
  • Promotion d’un modèle de société alternatif au consumérisme et ancré dans des valeurs englobantes

Cela fait beaucoup. Ce qui sépare semble, a priori, moins conséquent que ce qui réunit. Je vois cependant deux différences notables dans la représentation politique de ces entités.

La première, c’est évidemment la problématique des questions liées à l’immigration, et globalement à l’altérité. C’est en fait le principal marqueur qui permet encore au vieux clivage gauche-droite de masquer le clivage mondialisation-nation.

La seconde, c’est la différence du modèle alternatif proposé. Celui du Front National, premier parti représentant la droite populaire, c’est l’ordre traditionnel et réactionnaire, au sens propre du terme. Celui de la gauche populaire, notamment à travers Mélenchon, c’est une transition écologique teintée de progressisme social.

Dans ce qu’ils ont de vendeur, les deux projets s’articulent différemment. Marine Le Pen propose une France affranchie de l’Europe et conquérante, bonapartiste, sécurisée, renouant avec ses racines profondes. De son côté, Jean-Luc Mélenchon promeut une France insoumise à l’Europe, démocratique, ouverte à l’altérité.

Réaffirmation de l’identité par les traditions pour la première, transition énergétique par l’économie de la mer pour le second. Restauration d’un État fort pour les deux.

S’unir pour mieux rompre

C’est entendu, gauche et droite populaire auraient un emploi très différent de l’exercice du pouvoir. Mais pour qu’il y ait exercice du pouvoir, il faut qu’il y ait souveraineté, et celle-ci est à reconquérir. Il ne saurait être question d’un gouvernement conjoint entre Le Pen et Mélenchon. Cela est inenvisageable, et cela serait néfaste pour notre société qui, plus que jamais, a besoin d’un vrai pluralisme politique, autrement dit de débat d’idées.

L’intérêt d’une alliance, telle celle prônée par Jacques Sapir, c’est de l’effectuer non pas pour gouverner ensemble, mais afin de retrouver notre droit à faire de la politique. Autrement dit, notre souveraineté.

Je ne crois pas une seule seconde que l’alliance se fera par la volonté des personnalités politiques. Néanmoins, l’union peut se faire à la base, par les citoyens. Les personnalités politiques suivront, même si le cas du FN est particulier. Cependant, les patriotes de droite et de gauche devront faire un pas en direction de l’autre.

La droite doit comprendre que la société française est hétérogène et pluriethnique, et qu’elle le restera. De son côté, la gauche doit admettre que l’instabilité démographique génère l’insécurité culturelle, dont le racisme est l’ultime stade. Cette insécurité culturelle est déjà une réalité sociologique et géographique.

L’union de la France populaire ne peut se réaliser que dans le cadre d’un ordre démocratique, à l’aide d’un projet républicain, autour d’une culture nationale partagée par tous. Cette culture nationale sera certes le fruit d’un héritage historique, mais elle ne pourra pas non plus être figée dans une vision passéiste et excluante. Puisque la société est hétérogène, cette culture nationale devra aussi s’alimenter de ce que fabriquent en commun les gens qui la font vivre.

Le rapprochement semble plus envisageable du point de vue de la droite populaire. C’est ce camp qui est considéré comme celui des pestiférés dans l’imaginaire collectif, et à travers les médias. Il n’a donc pas peur d’étreindre. Quant à la gauche, elle devra dépasser le qualificatif outrancier de « rouge-brun » dont usent leurs cousins éloignés de la gauche solférinienne, convertis au libéralisme. Il est clair que ces derniers se plaisent à voir la gauche socialiste comme dérivant lentement vers la démagogie et le radicalisme. Un rapprochement avec la droite populaire leur permettrait de crier au pacte germano-soviétique et de proclamer qu’eux, sociaux-libéraux, incarnent la vraie gauche. Mais cette gauche populaire devra choisir entre rester respectable aux yeux des éditorialistes parisiens ou faire vivre ses idées.

Cette idée d’un front commun n’a rien de saugrenu si on le conçoit par le rapprochement des citoyens au travers de moyens qui restent à mettre au point. Certes, on ne rassemblera pas les identitaires et les antifas dans une démarche unie et constructive. Mais il ne s’agit là que de l’écume politique. Entre les casseurs, les pseudos sans-culottes, les faf, et les individus fascinés par la violence propres à chaque bord se trouvent des milliers de gens de bonne volonté, ceux qui derrière les hurlements des intolérants de tout bord se diront « pourquoi pas ».

C’est à eux de se faire entendre. C’est à eux d’émerger des tréfonds de l’abîme politique où notre pays est tombé afin de rendre la France à son peuple.

Alan Retman

 

Publicités