Sarkozy: l’improbable retour

Il aura fallu moins d’un an pour que Nicolas Sarkozy sorte du bois. La chose était largement suggérée par des bruits de couloir et autres indiscrétions, elle est désormais suffisamment claire pour être discutée dans la presse par tous les experts politiques : l’ancien président souhaite revenir aux affaires.

La particularité de ce vrai/faux retour, c’est qu’il est le résultat d’un coup de com’ dont on ne parvient pas à savoir s’il est réussi ou manqué, à en croire les multiples interprétations que l’on peut entendre ici ou là. Pourtant, certains indices donnent à penser que sur le fond, la partie a été fort mal jouée.

Sur le plan de la symbolique pour commencer. Nul doute que Nicolas Sarkozy tente de raviver un mythe, celui de l’homme providentiel qui revient pour tirer la France d’un mauvais pas. Il s’agit là d’une référence évidente au retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958. À l’époque, la France était empêtrée dans la guerre d’Algérie. Son gouvernement était faible, et la République menacée par un groupe de généraux factieux.

En 2013, la crise économique fait que la France est à nouveau en grande difficulté, et encore une fois elle se voit dotée d’un gouvernement faible en raison de réformes institutionnelles plus ou moins récentes qui transfèrent un large pan de la souveraineté nationale à l’Europe. Mais si la voix de l’État semble à ce point inaudible, c’est aussi en raison de l’exercice du pouvoir tel que le pratique François Hollande. Il est vrai que sur ce point, Nicolas Sarkozy était bien meilleur. De 2007 à 2012, son omniprésence médiatique a réussi à donner l’illusion d’un grand pouvoir qu’il aurait détenu entre ses mains, alors qu’en réalité la marge de manœuvre de l’Élysée s’est considérablement rétrécie ces dernières années, notamment sous son action.

Ainsi donc, l’ancien président semble voir son successeur comme un autre René Coty, Guy Mollet, ou Pierre Pflimlin, comme un politicien dérisoire destiné à être écrasé par le poids des évènements. Lui pourtant n’est pas Charles de Gaulle. En effet, l’ancien chef de la France Libre est revenu aux commandes auréolé d’un prestige sans pareil : celui du Libérateur de la Nation. De quel fait d’arme similaire peut se targuer l’ancien chef de l’UMP ? Son éloignement de la vie politique n’est pas dû à un retrait volontaire, il incombe à sa défaite à l’élection présidentielle. C’est donc le peuple souverain qui a évincé Nicolas Sarkozy du pouvoir. Aussi, cette volonté mal dissimulée de revenir au plus haut poste atteste, une fois de plus, que pour lui le vote populaire ne constitue pas un facteur qui compte.

Au-delà de la symbolique, le critère politique ne légitime pas davantage un éventuel retour. C’est un fait qui n’a échappé à personne, l’opposition ne parvient pas à exister face à un gouvernement qui paraît pourtant largement offert aux coups et aux critiques. La raison en est simple. L’action du gouvernement Ayrault est focalisée sur la réduction de la dette et des déficits, le tout faisant suite à une politique européenne définie par le Pacte budgétaire ratifié en Octobre 2012. Ce traité mis au point par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, mais signé par l’actuel président, a fait l’objet d’un vote unanime de la part des députés de droite. Il leur est ainsi bien difficile de s’élever contre les conséquences d’une politique qu’ils ont formellement approuvée.

L’intéressé ne peut donc pas davantage attaquer la politique intérieure avec trop de véhémence sans risquer de se décrédibiliser lui-même. Il reste dès lors le Mali, principal évènement de la politique étrangère de François Hollande jusqu’à maintenant. L’ancien chef de l’État aurait affirmé, selon Valeurs actuelles, que la France n’avait rien à faire dans un pays si vaste, à soutenir des putschistes. Le propos, s’il est avéré, peut paraître curieux de la part d’un homme qui a lui-même soutenu des putschistes libyens contre un gouvernement qui, à défaut d’être honorable, était stable.

Mais surtout, le Mali représente pour le moment un succès pour François Hollande. Sa décision d’intervenir a été prompte et salutaire. Des voix sourdes guettent la première occasion pour parler de bourbier, mais il faut pourtant bien admettre que c’est une longue route qui sépare Diabaly de Kidal, et cette route a été brillamment parcourue jusqu’à maintenant. S’il est encore trop tôt pour parler de victoire complète, l’opération Serval a préservé le Mali, et l’Afrique de l’Ouest en général, d’une conquête totale par des groupuscules islamistes, lesquels sont peu à peu mis en déroute.

Au-delà d’une victoire personnelle du président de la République, c’est un succès pour la France qui porte quasiment seule le poids de ces manœuvres militaires. Ce fait géostratégique majeur démontre à ceux qui se plaisent à en douter que notre pays est encore une puissance mondiale. Mais hélas, le jeu politicien ne s’accommode guère de l’unité nationale.

Il est de toute façon hâtif de vouloir se débarrasser de François Hollande, considérant qu’il n’a pas encore achevé sa première année de mandat. Nul doute qu’il ait la prétention de le mener jusqu’à son terme, il sera alors temps de formuler un bilan qui n’aurait aucun intérêt à être effectué maintenant. On peut toutefois supposer qu’en 2017 les Français auront soif de changement, comme à chaque élection, et que dans ces conditions l’UMP en général, et Nicolas Sarkozy en particulier,  ne sauraient être une alternative crédible.

Beaucoup de Français se plaisent déjà à souligner « la nullité » supposée de François Hollande et il semblerait, au vu des derniers sondages, que l’ancien président soit désormais plus populaire que le nouveau. Mais les sondés réalisent-ils que la seule différence entre l’actuel et l’ancien président se situe sur la forme, et non sur le fond ? Quelle rupture avec l’ordre établi provoquerait le retour de Nicolas Sarkozy ? Quelle grande et nouvelle vision politique peut apporter au peuple français un individu qui incarne à lui seul une petite caste politique qui règne sans partage depuis plus de trente-ans ?

François Hollande ou Nicolas Sarkozy, UMP ou parti socialiste, cela fait bien longtemps que le débat d’ego a succédé au débat d’idées, et tant pis si les gouvernements qui se succèdent éternellement échouent les uns après les autres, un certain nombre de paramètres sont réunis pour les maintenir en place.

Le retour de Nicolas Sarkozy sera néanmoins difficile à réaliser, mais gageons qu’il trouvera un prétexte pour revenir, même si cela lui coûte. D’aucuns pourraient lui dire que faire don de sa personne à la France n’est pas toujours une bonne option, il faut parfois savoir rester chez soi. L’homme providentiel ne peut exister qu’à travers une rencontre entre le peuple et lui, et non par ambition personnelle. « L’ambition dont on n’a pas les talents est un crime » disait Chateaubriand. Reste à savoir à qui cette maxime s’applique le mieux.

 

Alan Retman

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