10 raisons de réformer l’Europe

1) Le fédéralisme n’a pas de fondement

L’Europe c’est la paix. Cette assertion représente le socle idéologique à partir duquel les europhiles réclament plus d’intégration européenne. Pour autant, l’éclatement de l’UE sous sa forme actuelle serait-il synonyme de guerre ? Est-ce à penser que François Hollande enverrait ses chars Leclerc et ses Tigres attaquer l’Allemagne de  Madame Merkel ? La reconstruction d’après-guerre et la menace soviétique justifiaient jadis un rapprochement  entre nations européennes. Aujourd’hui, ces considérations n’existent plus dans un continent largement pacifié et démilitarisé. La paix est ce qui précède l’UE ; l’animosité entre les peuples, vue lors de la visite d’Angela Merkel à Athènes, est ce qui la suivra, voire ce qui lui survivra.

2) La liberté n’est pas un repli sur soi

Le rejet du fédéralisme, en un mot le souverainisme, équivaudrait à un « repli sur soi ». Cette expression est incontournable, elle représente un élément de langage. À croire que d’une union où circule sans aucune restriction les capitaux, les biens, les services, et les hommes, nous passerions à un paradigme proche de celui de la Corée du Nord. L’argumentaire fédéraliste n’aime pas beaucoup la nuance. Dans les faits, un rejet de l’intégration européenne vise simplement à restituer les leviers du pouvoir au gouvernement national élu par le peuple.

3) La volonté nationale n’est pas négociable

Il paraît contradictoire de voir à quel point les sondages sont devenus inutiles, puisque l’opinion nationale elle-même n’a plus guère d’importance. L’immigration est jugée néfaste par une majorité de Français ? La Commission juge au contraire qu’elle est un important facteur de croissance. La France bannit de son sol les farines animales ? Qu’importe, elles reviendront sous le sceau du label bruxellois. Les Français se montrent hostiles au néolibéralisme ? Tant pis, c’est l’idéologie dominante à Bruxelles où l’on n’a qu’une seule finalité : faire de l’Europe un continent globalisé où le politique s’efface devant l’économique.

4) L’euro sert de variable d’ajustement du monde entier

La balance commerciale de la France, excédentaire en 2001, a connu une chute constante depuis 2002 jusqu’à aujourd’hui. La monnaie unique ne pouvant être dévaluée, les exportations en pâtissent. Or, dans le reste du monde, de nombreux pays pratiquent la relance par la planche à billets. Une pratique peu recommandable, mais qui dans ce contexte a pour mérite d’importer de l’inflation, et ainsi de réaliser une dévaluation compétitive. Toutes les monnaies se déprécient par rapport à un euro qui reste surévalué. Certes, cela nuit peu à l’Allemagne, mais la zone euro est loin d’être homogène.

5) Les intérêts des nations sont contradictoires

La particularité de l’UE est de présenter une structure commune regroupant des pays aux intérêts divergents. Ainsi, les pays du sud de l’Europe sont étranglés par cette monnaie qui contente les Allemands et les Néerlandais. L’inflation qui ferait tant de bien à la France, l’Espagne, ou l’Italie, est fermement combattue par l’Allemagne qui doit garder les prix bas pour maintenir son équilibre socio-économique. Ces contradictions, l’absence de personnalités marquantes en Europe, la position dominante d’une Allemagne qui refuse de se vêtir officiellement des attributs du leader, tout cela génère un déficit politique dont l’UE souffre clairement.

6) L’Europe se judiciarise

À défaut d’avoir une construction par la politique, on a une construction de l’Europe par le droit. Depuis 1964 et l’arrêt Costa contre ENEL, le droit européen prime sur le droit national. La CJUE abonde systématiquement dans le sens d’une intégration européenne accrue. La jurisprudence définie par ses arrêts sert de base à une Europe sans guide et sans objectif, car la volonté d’un fédéralisme abouti se heurte à l’approbation des peuples. La CJUE est la première instance d’Europe, puisqu’elle limite de fait le pouvoir des institutions, des États-membres, et des particuliers. Seul petit problème, son fonctionnement est opaque et aucun de ses membres n’est démocratiquement élu.

7) La démocratie directe est déniée

À l’évidence, les valeurs démocratiques ne constituent pas le faisceau directeur de l’Union. Des élections européennes auront lieu en 2014, nous éliront des députés dont la fonction est avant tout morale, puisque ces parlementaires servent de caution démocratique à l’ensemble. N’ayant pas l’initiative législative, puisque seule la Commission européenne l’a, le Parlement ne peut même pas voter toutes les lois proposées par cette dernière, c’est là l’attribut du Conseil de l’Union européenne. Il s’agit donc d’un Parlement croupion, d’une tribune désertée et aseptisée d’où les députés eurosceptiques s’égosillent en vain pour dénoncer les échecs récurrents de l’UE depuis 20 ans.

8) L’Union se construit par la force

Les Français ont admis Maastricht. Le regrettent-ils aujourd’hui ? Oui, si l’on en croit les derniers sondages. Depuis, il y a eu le référendum rejeté en 2005, mais approuvé par l’Assemblée en 2008. Nicolas Sarkozy avait prévenu qu’il ferait un « traité simplifié » s’il était élu. Mais le texte de Lisbonne est identique à celui de la Constitution européenne ; et surtout, l’élection présidentielle de 2007 n’est pas une répétition du référendum de 2005, c’est tout autre chose. Autrement, cela reviendrait à dire que les électeurs de Nicolas Sarkozy en 2007 étaient propriétaires des voix de 2005. Et que dire du Parlement qui a voté en faveur de ce traité simplifié ! La question est de savoir si ces élus sont les représentants du peuple, ou s’ils se substituent au peuple en question. Il en est de même pour le Pacte budgétaire adopté en 2012. On nous dit que les parlementaires sont élus pour ça. Pieu et doux mensonge. Le député est élu pour légiférer au niveau national, et non pas pour déléguer à l’étranger la souveraineté que le peuple lui confie pour 5 ans. Car si la France persiste dans ses déficits, si elle n’atteint pas les objectifs fixés par le TSCG, alors viendra un nouveau plan de rigueur, piloté depuis Bruxelles, et des fonctionnaires européens débarqueront à Paris, comme c’est déjà le cas à Athènes. Le budget est un sujet complexe, mais il n’en est pas moins un attribut de la souveraineté nationale.

9) Souverainisme ne veut pas dire extrémisme

La souveraineté nationale mène à la conception politique qui lui est liée : le souverainisme. Le terme est anxiogène, c’est un fait. Tout est d’ailleurs fait pour alimenter cette peur infondée. Pour beaucoup, souverainisme semble rimer avec vieille France réac’, il dénote une forme de conservatisme exacerbé, voire d’extrémisme voilé. Il n’est pourtant que l’autre nom pour « État-nation », c’est-à-dire démocratie. La souveraineté nationale est l’héritage de 1789, où pour la première fois en France le peuple prit l’ascendant sur la caste dirigeante. Par la suite, notre pays a propagé ce concept partout où il est passé. Il est paradoxal de constater comme la France tire orgueil de ce passé, tout en rejetant son contenu. Mais ce n’est là qu’un simple malentendu sémantique, artificiellement entretenu. Tout prouve que la France demeure largement gaulliste dans sa volonté institutionnelle.

10) Choisir une Europe de nations

Une Europe de nations, régie par la méthode intergouvernementale et non par la méthode communautaire, est donc le seul moyen de bâtir un rapport démocratique et indépendant entre les pays du continent. Il faut à l’Europe une union souple et une protection contre le dumping de pays comme la Chine ou la Corée ; il faut une association d’États faite d’accords bilatéraux négociés entre partenaires, dans l’intérêt de chacun. Enfin, il incombe de réformer notre système monétaire en réintroduisant des monnaies nationales indexées sur une unité de compte européenne. La volonté d’en finir avec cette Europe ne correspond ni à un repli sur soi, ni à une sorte « d’europhobie » dont le ridicule du terme n’a d’égal que celui qui l’emploie. L’Europe fédérale est le fruit d’un fantasme, et non du pragmatisme. Beaucoup comprennent qu’une réforme profonde est nécessaire. Mais  le pouvoir ne s’abandonne jamais facilement, les eurocrates qui le détiennent ne veulent pas renoncer à leur prébende ; quant aux europhiles béats, ils préfèreront toujours voir ce qu’ils croient et non pas croire ce qu’ils voient.

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