Le divorce franco-allemand

La France abandonne le leadership

De toutes les guerres que le continent a connues, la dernière fut la seule dans son genre, puisque ce fut une guerre d’extermination. À l’issue du conflit, toutes les nations d’Europe pouvaient être regardées comme vaincues. En 1945, toutes perdirent les moyens d’avoir une réelle ambition. Dans ces conditions, il fut possible de signer une paix sans rancœur, et sans désir de revanche.

C’est cette pacification imposée par les faits qui constitue le préambule de l’Union européenne, c’est-à-dire la Communauté européenne du charbon et de l’acier (1952), qui mènera au traité de Rome (1957). C’est dans leur faiblesse que les Européens ont éprouvé le besoin de se rapprocher. La paix est la cause de l’union des Européens, et non pas sa conséquence. C’est sur cette base qu’ont pu agir Schuman et Monnet pour la France, Spaak pour la Belgique, Adenauer pour la RFA, et bien d’autres encore. Mais la construction européenne fut bien vite marquée par l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle en France, en 1958.

Hostile à tout principe d’union supranationale, le président français va dicter le rythme d’une Europe qui restera limitée à six pays jusqu’en 1973 (France, RFA, Italie, Benelux). De toutes ces nations, la France est la seule à disposer d’un réel arsenal militaire, nucléarisé à partir de 1960. Elle obtiendra également la création de la politique agricole commune en 1962, dont elle sera la principale bénéficiaire en tant que première puissance agricole du continent.

Lorsque la réforme des institutions européennes impose la prédominance du vote communautaire sur le choix national, De Gaulle répond par la politique de la chaise vide (1966) et obtient gain de cause. La vision européenne du général est celle d’un ensemble de pays souverains unis sous la férule de l’hexagone. Pour lui, l’Europe est un tremplin pour retrouver la grandeur perdue. Mais les Américains intercèderont fréquemment dans ses projets, notamment par le prisme de l’OTAN sur lequel les autres pays font reposer leur sécurité.

L’arrivée au pouvoir de Valéry-Giscard d’Estaing en 1974, la montée en puissance de la RFA, le rééquilibrage des forces avec l’élargissement progressif de la CEE, et l’avènement d’une longue crise monétaire  (1971), tous ces facteurs vont progressivement atténuer le rôle que la France tient dans la construction européenne.

D’initiateur, notre pays va progressivement voir sa position se restreindre à celle de simple acteur d’une entité supranationale qui se dessine progressivement, et qui devient certaine à partir de Maastricht (1992), sans que l’on sache vraiment qui tiendra le haut du pavé. Car derrière les démonstrations d’amitiés et l’unité affichée, il a toujours existé une lutte économique et commerciale entre les nations. Chaque pays répond de lui-même, poursuit ses objectifs, et l’amitié n’exclue pas la rivalité.

Si les médias français raffolent du « couple franco-allemand », nos voisins d’outre-Rhin se montrent un peu plus circonspects, et on ne saurait leur donner tort. Durant tout le temps qu’a duré la guerre froide, l’Élysée n’a jamais vu d’un bon œil la perspective d’une réunification allemande, craignant ce que l’union des deux Allemagne pourrait avoir comme conséquences économiques. Ce fut le cas notamment sous François Mitterrand, à plus forte raison après l’échec de son programme commun de 1981. La perpétuelle dégradation du franc par rapport au mark, une forte hausse de l’inflation, et un déficit compétitif lié aux nationalisations et à la fiscalité, vont pousser le président français à mettre en place une politique de désinflation compétitive.

Cette politique du franc fort ancré sur le mark sera désormais suivie par les gouvernements successifs jusqu’à la mise en place de l’euro. Elle donnera des résultats satisfaisants par rapport à ses objectifs, forte baisse de l’inflation et balance courante excédentaire à partir de 1992, mais échouera sur le plan de l’emploi. De son côté, la RFA va devoir supporter les conséquences de la réunification. Néanmoins, la combinaison entre une réelle stratégie nationale et une monnaie unique dont le taux fixé avantage le mark vont permettre à l’Allemagne de s’emparer progressivement des rênes de l’Union européenne.

La conquête de l’Europe

Durant les années de guerre froide, les entrepreneurs de RFA ont pu instaurer leur « hinterland » en RDA, faisant fonctionner les usines de l’autre côté du rideau de fer pour bénéficier de la faiblesse de l’Ostmark combinée au savoir-faire allemand. Les biens produits à l’est arrivaient donc en RFA sans taxes, ni restrictions, on procédait alors à l’assemblage et au contrôle de qualité « made in Germany ».

Cette politique industrielle compétitive, stimulée par le plan Marshall, et pérennisée par une scrupuleuse maîtrise du budget et de l’inflation a rendu possible « le miracle allemand ». Dans les années 60/70, la vertu économique allemande attira les porteurs de dollars. En effet, à cette époque, les Américains émettent toujours plus de liquidités afin d’augmenter leurs importations, mais aussi pour financer leur politique internationale expansive. Les dollars excédentaires se transformant en mark, ils obligent ainsi les Allemands à payer leur inflation.

Traumatisée par le souvenir de l’hyperinflation des années 20, la RFA va initier la fin du système de Bretton Woods qui sera dès lors substitué par le système des changes flottants (1971).

Néanmoins, les troubles monétaires ne vont pas s’arranger. Le Serpent monétaire (1972-1978), et le système monétaire européen (1978-1999) posent le principe d’un taux de change fixe entre les monnaies de la CEE. C’est précisément ce qui gêne les Allemands dans leur lutte contre l’inflation, puisque la dégradation récurrente des devises sud-européennes aboutit encore à l’absorption de monnaies faibles par la Bundesbank.

En outre, la fusion avec la RDA en 1990 va poser une difficulté supplémentaire. La disparition de l’Ostmark et son remplacement par le Deutschemark met un terme à l’intérêt productif que représentait alors l’est du pays. Un chômage de masse se profile, et pour ne pas assister à la désertification de l’est et à une migration massive vers l’ouest, Helmut Kohl va offrir un taux fixe au mark est-allemand, et donc un salaire égal aux travailleurs de l’ex-RDA, quitte à les payer à ne rien faire. Pour cela il faudra augmenter la fiscalité des Allemands de l’ouest, et un nouvel impôt sera créé.

Ayant perdu ses sous-traitant habituels, le lobby industriel allemand va faire pression pour élargir la Communauté européenne aux pays d’Europe du centre et de l’est. C’est dans ces états qu’il va déplacer ses usines, profitant ainsi d’une main d’œuvre qualifiée à bas coût, et proche géographiquement. Dès lors, l’Allemagne est prête pour l’euro. Outre l’intérêt d’une monnaie commune assez forte pour juguler l’inflation, l’euro est appelé à être la devise de ses clients présents (France, Italie, Espagne, Benelux) et futurs (Europe centrale). Fixer sa monnaie sur celle de ses clients est un principe clé pour une nation mercantiliste, ainsi fit un temps la Chine, en indexant le yuan sur le dollar. Enfin, qui dit monnaie unique dit fin des dévaluations compétitives pratiquées par ses concurrents européens.

Mais la fiscalité étouffante et la disparition programmée du mark vont avoir un impact sur l’épargne des Allemands. Ces derniers vont alors se réfugier vers l’immobilier, mais au soleil, principalement en Espagne, favorisant ainsi une bulle dans ce secteur spécifique, tandis que le prix de la pierre baissait en Allemagne. Devant la fonte progressive de cette épargne, le patronat, le gouvernement, et le DGB (principal syndicat allemand) vont se mettre d’accord sur une série de réformes baptisée « Agenda 2010 ».

Il faut bien comprendre qu’en Allemagne, il est de tradition que l’orientation du pays ne repose pas sur un exercice solitaire du pouvoir, mais sur un consensus liant des groupes industriels familiaux très puissants, le gouvernement, et le milieu bancaire. Ainsi les Länder contrôlent les banques régionales qui financent l’industrie, l’interpénétration est totale entre ces trois secteurs. La classe politique allemande ayant été totalement rénovée après 1945, ce sont les industriels qui ont impulsé le redressement de la nation.

Quant aux fameuses réformes allemandes –tant vantées par l’UMP aujourd’hui, elles ont été mises en pratique à partir de 2003, sous Gerhard Schröder (lois Hartz). Elles consistent en une importante baisse du taux d’imposition, notamment de l’IS, afin de mettre un terme à l’exil fiscal des entreprises qui tendaient de plus en à regarder vers l’Irlande et autres pays fiscalement attractifs ; l’impôt sur le patrimoine avait déjà disparu depuis 1997. Les cotisations ont aussi fortement baissé, le manque à gagner étant alors compensé par une hausse de la TVA. L’âge de départ à la retraite est également augmenté, et le système de capitalisation est introduit.

Au niveau de l’emploi, la protection contre les licenciements est assouplie, et surtout, le DGB va accepter la généralisation des contrats à court termes, des réductions de temps de travail et de rémunérations, des mesures coercitives contre les chômeurs « récalcitrants », une forte baisse des indemnités, et un gel global des salaires. Cette rigueur est admise, car les conditions sont dès lors réunies pour rendre les entreprises allemandes compétitives, et donc augmenter les exportations qui garantissent l’emploi et le revenu du travailleur allemand.

À ce titre, le critère « Deutsche Qualität » n’est pas une légende. La formation d’ingénieurs et de techniciens, et la concentration d’une industrie à forte valeur ajoutée représentent un choix allemand qui remonte au XIXème siècle. Durant tout ce temps, la fiabilité et la renommée des produits allemands ont fait le tour de la planète. Les automobiles et les machines-outils qui équipent les usines du monde entier sont souvent citées, mais l’Allemagne a en réalité une production diversifiée et une conception industrielle qui est celle de ne jamais être le moins-disant. Cette vision s’inscrit dans la durée, et cette cohérence favorise une réputation qui elle-même représente un avantage concurrentiel permettant aux entreprises allemandes de gagner des parts de marché, même quand elles sont plus chères que leurs rivales.

En misant tout sur l’export et en maîtrisant son budget, le pays crédibilise sa politique monétaire aux yeux des marchés, l’inflation reste basse, et ainsi par extension le coût de la vie est accessible aux faibles revenus. Avec ces mesures salariales et une politique malthusienne qui mène au vieillissement de la population et à la chute démographique, on peut considérer que rien n’est fait pour stimuler le marché intérieur. Ce qui aide encore à garder les prix bas, eu-égard à la faiblesse de la demande. Le consensus social et une gestion rigoureuse assurent l’équilibre allemand.

L’Europe allemande

L’euro, géré à Francfort, garantit à l’Allemagne une monnaie forte et stable en plus de ses avantages commerciaux déjà évoqués. C’est donc une opération gagnant-gagnant pour l’Allemagne.

La monnaie unique lui a bel et bien réussi. L’inégalité des biens exportés par les pays européens était naguère compensée par les dévaluations compétitives de la France et des pays du sud. Avec l’euro ce n’est plus possible. À monnaie commune, l’écart des prix n’est plus suffisant pour compenser le différentiel de qualité. De 2000 à 2010, les parts de marché de l’Allemagne en Europe sont passées de 28,4 à 30,9% ; tandis que la France a chuté de 17,7 à 13,5% (12,6% en 2011). Les excédents de l’Allemagne (et de la Chine) sont les déficits des pays qui ont opté pour la désindustrialisation et l’économie de service ces vingt dernières années.

S’ajoute à cela un contrôle habile de l’immigration que l’on retrouve essentiellement dans les services à la personne, à un salaire généralement inférieur à celui du travailleur allemand, et ainsi le pouvoir d’achat devient globalement acceptable pour l’Allemand moyen. Cette immigration sert également en agriculture, un secteur dans lequel le pays a appris la vertu du recyclage agricole, des énergies renouvelables, tout en misant sur le bio, à l’aide des subventions européennes. Autant de produits onéreux et de plus en plus demandés sur le marché mondial. En 2007, l’Allemagne est d’ailleurs devenue la première puissance agricole du continent, devant la France, signe qu’il est grand temps pour nous de nous trouver un nouvel avantage comparatif !

L’Allemagne est également pionnière dans le domaine de l’énergie. Ayant condamné ses réacteurs après Fukushima, presque sur un coup de tête, le pays a porté un rude coup au nucléaire français, et notamment à notre filière de traitement des déchets. Le bouquet énergétique allemand se compose dès lors de charbon et de gaz russe, deux énergies éminemment polluantes. Les énergies vertes ne sont cependant pas en reste, car le lobby écologique est puissant dans la république fédérale. Les entreprises allemandes ont d’ailleurs pris la tête d’un immense projet d’énergie solaire, Desertec, construit en plein Sahara, qui peine cependant à décoller.

On le voit donc, la force allemande réside dans son économie tournée vers l’export, avec à l’intérieur un consensus social fragile mais qui tient bon, le tout ayant permis au pays d’accumuler plus de 1500 milliards d’euros d’excédents commerciaux ces dix dernières années*. Une récolte satisfaisante après les quinze années de sacrifice nées de la réunification.

Cette puissance commerciale permet au pays d’envisager ses difficultés budgétaires avec sérénité, et ainsi de parler avec le ton de celui qui décide en Europe, notamment depuis le début de la crise de 2010. La France ayant été peu à peu écartée de ce rôle, la Commission européenne tend à fonctionner comme un organisme autonome, mais il serait fallacieux de croire que l’intérêt des nations s’effacerait totalement face à une assemblée technocratique. Dans les faits, nous vivons dans un contexte politique hybride. Les nations de l’UE ne sont plus entièrement souveraines, mais l’Europe n’est pas non plus fédérale. L’Allemagne est au centre du continent, mais ayant fait le choix d’une diplomatie passive, sa domination s’exerce surtout en coulisse. Ainsi, les thèses de la Bundesbank et de l’ordo-libéralisme allemand germent au cœur des institutions bruxelloises.

Pour la crise que nous vivons actuellement, l’Allemagne a longtemps posé son véto au rachat d’obligations par la BCE sur le marché secondaire. Elle y a finalement consenti à deux conditions. La première étant que le rachat d’obligations ( de 1 à 3 ans) soit compensé par la vente d’obligations privées d’un montant égal, et la seconde étant que les États bénéficiaires souscrivent à la politique d’austérité dictée par le Pacte budgétaire. Une victoire politique manifeste pour Angela Merkel, qui s’est cependant confrontée à l’hostilité du lobby bancaire allemand, puisque la sacro-sainte inflation est menacée par ces mesures.

La conséquence de ces exigences fut la double démission de Papandréou en Grèce, et de Berlusconi en Italie, remplacés respectivement par Lucas Papadémos et Mario Monti, deux anciens de Goldman Sachs. Le président de la BCE, Mario Draghi, étant lui-même issu de cette banque, la question du conflit d’intérêt se pose. Mais surtout, la nomination de ces techniciens n’a pas résulté d’un vote démocratique des peuples concernés, ils ont été imposés par la troïka Berlin/Bruxelles/FMI. L’Europe chère à De Gaulle est bel et bien enterrée.

Deux faisceaux divergents

La vision d’une Europe française, d’une Europe politique proposant une alternative à l’idéologie de marché anglo-saxonne a vécu. Cette perspective s’est délitée à mesure que la France s’est mise en retrait, minée par ses difficultés internes. Le choix d’une union sans nations donne toute latitude à la technocratie, et c’est ce à quoi l’on assiste depuis 21 ans, avec les conséquences que l’on sait pour les pays d’Europe du sud, et pour nous.

Ce qui sépare l’Allemagne et la France est désormais plus conséquent que ce qui les réunies. Il ne s’agit pas seulement d’une vision de l’Europe, mais aussi des intérêts particuliers. L’euro, notre monnaie commune, est trop cher pour une France qui paie la désindustrialisation de ces vingt dernières années. En outre, nos produits moyenne gamme souffrent de la concurrence de pays émergents imbattables sur les prix de vente et les coûts de production.

Une augmentation générale des salaires en Allemagne, telle que l’a obtenue IG Metall, permettrait une légère hausse de l’inflation. Ce serait alors une bouffée d’air pour les autres pays de la zone euro, car une hausse de l’inflation équivaut à une dépréciation de la monnaie. Mais nous l’avons vu, la maîtrise de l’inflation est le leitmotiv de Berlin, car c’est le substrat sur lequel s’établit l’équilibre socio-économique allemand. Nos impératifs fondamentaux divergent, et aucune mise en scène sur le couple franco-allemand n’y changera quoique ce soit.

Il ne faut pas se le cacher, l’Allemagne joue pour elle. Comme nous l’avons dit, son retrait du nucléaire est un coup très rude pour notre industrie. C’est aussi l’Allemagne qui a fait échouer la fusion entre EADS et le Britannique BAE. Politiquement, les Allemands sont encore impliqués dans la construction européenne, mais économiquement, ils regardent désormais vers l’est. Vers la Chine et son imposant marché bien sûr, mais aussi et surtout vers la Russie. Moscou livre son gaz en abondance, et Berlin construit ou rénove le réseau ferroviaire jusqu’en Sibérie. Un partenariat stratégique s’opère depuis plusieurs années, il doit beaucoup à la russophilie d’Angela Merkel. Les deux pays ont parlé d’une seule voix, contre la France et l’OTAN durant la crise libyenne de 2011. Ils présentent également une requête similaire pour le règlement du dossier iranien, lequel finira bien par revenir sur le devant de l’actualité mondiale.

En fait, l’Allemagne a de l’avance, encore une fois, sur la gestion diplomatique. Elle a parfaitement intégré le fait que le monde était multipolaire. Le lent déclin américain et l’émergence de nouvelles grandes puissances donnent lieu à un certain équilibre mondial. Pendant ce temps, les politiques français rêvent encore aux États-Unis d’Europe. Peut-être les Allemands accepteront-ils un peu plus d’intégration européenne, mais uniquement si cela sert leurs intérêts commerciaux.

Cependant, l’Allemagne souffre aussi. Ses Länder sont surendettés, car ils ont dû faire d’importantes concessions aux entreprises pour qu’elles ne délocalisent pas. Le consensus allemand explicité plus haut se fait dans l’intérêt de la classe moyenne. Pour ceux qui sont en dessous, la précarité est la norme.

Mais la stratégie de l’Allemagne est établie pour les années à venir. Son déclin démographique, la puissance de son industrie, son accumulation d’excédents qu’elle thésaurise et ne redistribue pas, tous ces facteurs destinent ce pays à devenir un pays riche, vieillissant, et fiscalement attractif. Comme le dit le journaliste et économiste Jean-Michel Quatrepoint : l’Allemagne tend à devenir une grande Suisse.

À côté de ça, bien malin est celui qui peut définir la stratégie de la France. L’actualité au Mali démontre qu’elle a encore un rôle mondial à jouer, mais la guerre ne suffit pas pour exister, elle n’efface pas les difficultés économiques, elle ne fournit pas un modèle spécifique, tel qu’il existe chez nos voisins. Il faudra bien que le pays admette un jour qu’il n’y aura pas plus d’Europe fédérale que d’harmonisation fiscale, ou d’armée européenne. L’entretien de cette idée aussi néfaste que chimérique d’une Europe fédérale nous prive de la lucidité qui incombe pour nous projeter dans l’avenir.

Dans un monde multipolaire, on a besoin d’alliés en fonction de ses intérêts, et non pas en fonction d’une idéologie obsolète et coercitive. Le début de cet article précise que c’est dans leur faiblesse que les Européens se sont rapprochés, mais celle-ci appartient au passé. Pour se reconstruire l’Allemagne a eu la France, pour se protéger elle a l’OTAN, pour son avenir elle a la Chine et la Russie aujourd’hui, les autres pays émergents demain. La relation entre la France et l’Allemagne restera importante, diplomatiquement et commercialement, mais elle ne sera plus déterminante. Le couple a vécu, un divorce à l’amiable est requis pour ne pas être lésé. Les États-Unis d’Europe sont morts, place à la France !

*Jean-Michel Quatrepoint, Mourir pour le Yuan: Comment éviter une nouvelle guerre mondiale ? François Bourin Éditeur

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