Fillon/Copé: un combat pour usurper de Gaulle

Un duel « au sommet »

Jean-François Copé rêve d’être président de la République, il a le mérite de ne jamais s’en être caché, ce qui représente sûrement le plus haut fait d’arme en guise de sincérité pour celui qui admet sans complexe avoir eu recours à la langue de bois.

Jean-François Copé est déjà l’actuel secrétaire général de l’UMP, il est en plus maire de Meaux, député de la 6ème circonscription de Seine et Marne, il fut auparavant ministre délégué au budget puis à l’intérieur, et président du groupe UMP à l’Assemblée de 2007 à 2010. Toutes ces fonctions ont fait de lui un des principaux poids lourds du parti de droite. Son poste actuel et sa stratégie à long terme visant à mettre à son profit le parti l’ont rendu populaire auprès des militants, mais sa cote chute sévèrement lorsque l’on englobe les sympathisants.

Donné largement battu par François Fillon, celui qui veut représenter la droite dure dans cette élection à la tête du parti aura cependant son mot à dire, puisqu’après tout ce sont les militants et non pas les sympathisants qui voteront le 18 Novembre.

Étant conscient de son manque d’impact et du fait qu’il ne part pas favori, l’actuel chef de parti tente de se placer au cœur de ce qui s’apparente à une vague de nostalgie pro-Sarkozy, en affirmant notamment qu’il se mettra au second plan si l’ancien chef de l’État décidait de revenir.

Le positionnement de Jean-François Copé est ambigu. Le bonapartisme de la droite a été abandonné du temps du RPR, et beaucoup d’électeurs restés fidèles au parti traditionnel se sentent orphelins de cette conception d’un État fort et souverain. Ce que la droite a laissé s’est progressivement transposé dans le camp du Front national, qui sous l’égide de Marine Le Pen s’est dépouillé de ses oripeaux maurrassiens-nationalistes pour mieux revêtir la tunique gaullienne-patriotique. Néanmoins, si le FN change progressivement sur le fond il peine à changer sur la forme, les foucades de Jean-Marie Le Pen relégué en président d’honneur du mouvement n’aidant pas en cela.

Ainsi, si les connexions idéologiques paraissent aujourd’hui évidentes entre l’UMP et le FN, la reconnaissance officielle d’un tel constat à l’UMP serait équivalente à un suicide politique. Dès lors, Jean-François Copé est contraint à un numéro d’équilibriste. Souhaitant séduire l’électorat proche de Marine Le Pen, il doit néanmoins respecter le filtre sanitaire jadis mis en place par « la droite républicaine » et ainsi se borner à dénier tout point commun avec un parti qui demeure proscrit dans l’imaginaire collectif.

Pourtant, chacun sait qu’un accord entre la droite classique et la droite Le Pen est inévitable à terme. Au demeurant ils étaient 66% à l’UMP, selon Le Parisien, à désirer des accords locaux durant les dernières législatives. Jean-François Copé s’y est refusé, tout en se tenant rigoureusement à la règle du « ni-ni » qui défendait le principe d’un choix entre PS et FN. Pour sa part, François Fillon s’y est également conformé, tout en marquant sa désapprobation par rapport au principe.

Que n’a-t-on pas dit sur ce candidat du temps, pas si lointain, où il était premier ministre ! Carpette, souffre-douleur, homme de paille, la personne de François Fillon a été totalement oblitérée par l’hyper-médiatisation de Nicolas Sarkozy. De sorte que finalement, personne ne saurait dire avec exactitude quelles sont les positions du député de la 2ème circonscription de Paris.

Mais qu’importe cela, avec l’élection de François Hollande on sait désormais que ce qui compte ce n’est pas tant de proposer les bons arguments que de savoir gérer son avance dans les sondages, puisque François Fillon est donné favori pour le moment.

Le vent soufflant en sa faveur, il reçoit d’ailleurs le soutien de nombreux anciens ministres comme Laurent Wauquiez, Éric Woerth, Roselyne Bachelot, ou plus récemment Christian Estrosi, alors que l’on murmure à propos d’un éventuel ralliement de Xavier Bertrand.

Politiquement, François Fillon parle de lui-même comme d’un « gaulliste social », ce qui peut vaguement donner matière à penser pour la plèbe, mais qui dans les faits ne constitue qu’un pléonasme puisque l’action du général de Gaulle était inscrite dans la tradition du catholicisme social. Après tout, c’est bien l’homme du 18 Juin qui a créé la sécurité sociale et les Comités d’entreprise.

En évoquant cette appartenance « gaulliste » on tape dans le vif du sujet, lequel est l’imposture idéologique que représente ce positionnement dont aucun candidat n’est réellement dépositaire aujourd’hui.

La grande machine à illusions

Le gaullisme c’est le postulat de départ, le prédicat indispensable à tout responsable UMP. Être dirigeant de droite en France, c’est avant tout prêter serment à la Croix de Lorraine et au Général. Mais que reste-t-il de la mentalité gaullienne dans les calculs électoraux d’individus dévoués au système des partis et à l’idéologie clanique ? Où peut-on voir l’intransigeance, la hauteur propre au personnage dans les courtes ambitions de myrmidons qui voient un trône là où il n’y a qu’un rehausseur ?

Plus important encore, comment revendiquer l’héritage du plus grand souverainiste qu’ait connu ce pays lorsque l’on est soi-même engagé dans la construction d’une Europe fédérale ? Et bien c’est simple, il suffit d’avoir deux costumes : celui du candidat, et celui du dirigeant.

Le candidat parle de nation, agite un océan de drapeaux, évoque les grands dirigeants, artistes, scientifiques français ; il exacerbe le patriotisme, il parle de la France comme d’une grande nation souveraine qui impulse l’Europe, voire le monde ; il vante la spécificité hexagonale et assure que la France est aux avant-postes d’une construction européenne démocratique.

Le dirigeant tient un autre discours à Bruxelles. S’il rend compte aux Français tous les cinq ans, c’est quotidiennement qu’il doit satisfaire aux exigences de la Commission européenne qui lui dicte sa politique étrangère, commerciale, budgétaire, industrielle, migratoire, judiciaire, bref qui lui dicte tout en fait. Ne reste comme marge de manœuvre au dirigeant que le moyen de satisfaire aux directives européennes, c’est la dernière prérogative laissée à sa discrétion.

Un homme en particulier a sublimé cette dualité entre l’acte et le discours, il s’agit bien entendu de Nicolas Sarkozy qui a incarné ce que Jean-François Copé et François Fillon tentent d’être aujourd’hui, c’est-à-dire un ardent défenseur de la souveraineté française en façade et un promoteur du fédéralisme dans les sommets européens.

Nicolas Sarkozy qui avait pour plume deux souverainistes auto-proclamés, à savoir Henri Guaino et Patrick Buisson ; Nicolas Sarkozy qui maintes fois a récité son catéchisme gaulliste face aux Français, allant jusqu’à paraphraser ses expressions ; Nicolas Sarkozy qui s’asseyant sur le référendum de 2005 a transformé un « Non » en « Oui » un beau jour de 2007 à Lisbonne. C’est assez curieux quand on songe en plus que de Gaulle a quitté le pouvoir à la suite d’un référendum, lorsque les Français lui ont répondu « Non ».

Il serait aisé de poursuivre ainsi pendant longtemps, mais je pense que l’idée exprimée est suffisamment claire. Nicolas Sarkozy a certes opéré une synthèse à droite comme le disent encore ses partisans éplorés, mais ce n’était qu’une synthèse verbale. Il est facile de contenter tout un chacun avec des mots. Mais l’action politique, elle, n’avait rien de synthétique dans son déploiement puisqu’il s’est agi de poursuivre et d’accélérer la construction européenne entamée depuis Valéry Giscard d’Estaing. Une construction devenue folle et sans fondement démocratique depuis 1992 et le traité de Maastricht.

Une élection sans enjeu 

Je n’ai pas encore mentionné les autres candidats à l’élection car aucun autre ne paraît susceptible d’obtenir autre chose qu’un score anecdotique. Nathalie Kosciusko-Morizet  s’inscrit dans la tradition centriste-fédéraliste de l’UMP, elle fait figure d’étoile montante de la droite même si elle traîne déjà derrière elle une mauvaise campagne en tant que porte-parole de Nicolas Sarkozy en 2012. Bruno Le Maire est un ancien proche de Dominique de Villepin, sa contribution est assez illisible en terme d’intérêt et d’affirmation politique. Quant à Henri Guaino, sa candidature a de quoi surprendre tant il fait plutôt office d’homme de l’ombre que de dirigeant, même s’il a dernièrement remporté le siège de député de la 3ème circonscription des Yvelines. Ainsi, il est à se demander s’il ira jusqu’au bout. S’il s’avère que oui, on pourra alors sans doute considérer Henri Guaino comme étant le candidat le plus proche de l’ancien président, sur le plan personnel du moins, ce qui permettrait à ce dernier de s’inviter dans la campagne tout en déniant le droit à ses rivaux, Jean-François Copé en tête, d’invoquer l’héritage sarkozyste à leur profit.

On sait encore peu de choses sur la candidature d’Henri Guaino à l’heure où ces lignes sont écrites. Gageons toutefois que s’il s’agit d’une aventure personnelle, elle ne le mènera pas bien loin.

Mais d’une manière générale, c’est l’intérêt même de cette élection qui doit être remis en cause. Nous l’avons dit, la stratégie de Jean-François Copé en dirigeant le groupe UMP à l’Assemblée et en prenant le parti en 2010 est celle d’une implantation locale dans les structures du mouvement. Gagner les militants et les députés, être le liant entre toutes les composantes régionales.

Or, s’il advenait qu’il soit battu, cela reviendrait à dire que tout ce travail de fond n’aura servi à rien face à un adversaire dont l’aura médiatique est supérieure à la sienne. Dès lors, cela révèlerait que la présidence de l’UMP n’a pas le même intérêt que la présidence du PS. Effectivement, le parti de la rose puise sa force dans la politique territoriale où ses structures sont puissantes, ce qui lui permet de remporter systématiquement les élections locales.

Certes on s’avance un peu en évoquant ici une défaite de Jean-François Copé, rien n’est encore joué, mais sa réalisation entérinerait le fait que les jouteurs de la droite ne peuvent parvenir à triompher sur la lice en parodiant leurs homologues de gauche. En d’autres termes, on aurait confirmation que le poids local qui est déterminant chez les socialistes est secondaire à l’UMP qui cultive encore le culte du chef.

Enfin terminons en précisant une évidence, 2012 n’est pas 2017. Il est admis que celui qui sera élu secrétaire général de l’UMP en Novembre ne sera pas automatiquement le candidat pour 2017. La tenue d’une primaire semblable à celle du PS en 2011 est un principe acté. Chacun sait qu’en politique cinq années représentent une éternité, aussi me paraît il vain d’envisager force de conjectures. Néanmoins, ce sera la première fois que la droite sera susceptible d’envoyer pour la magistrature suprême un candidat autre que celui faisant office de chef. Cela contribue donc à atténuer davantage l’importance du siège qui est en jeu.

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